Anaîs Désaymonet
naquit à Arpuilles, sur la colline d’Aoste, le 28 Décembre
1890. Issue d’une famille campagnarde, elle eût tout de même
la possibilité de continuer ses études : chance très rare à
l’époque, surtout s’agissant d’une fille.
De là, peut-être sa prise de conscience de la nécessité
d’encourager l’accès à l’instruction des jeunes filles et sa
revendication de cette valeur di femelle qu’elle
soutiendra avec conviction dans plusieurs de ses écrits et
qui lui fait dire : Tanta Neïsse l’est tséca
revoluchonére, voudrie persuadé le fenne à se relevé de leur
condichon d’infériorité.
Après avoir obtenu son diplôme d’institutrice à l’école
Normale « Marie-Adélaîde », elle commença sa longue carrière
d’enseignante : d’abord à Gignod, successivement à Chesallet,
Nus, Châtillon, Cogne, Villeneuve, St Christophe et Aoste.

En 1915, elle
épousa Charles Ronc, originaire d’Étroubles.
Anaîs Ronc-Désaymonet a laissé des traces durables à Cogne
où elle a enseigné pendant de longues années, se liant
d’amitié avec de nombreuses Cognèntse, tout
particulièrement avec Reine Bibois, femme aux multiples
intérêts et poète elle-même. Elles partageaient la même
sensibilité et la volonté de préserver le patrimoine
ancestral de leur terre. A ce propos il faut rappeler
l’engagement que les deux femmes déployèrent pour la
revalorisation des dentelles de Cogne.
Anaïs Ronc-Désaymonet, en ayant compris l’importance et la
valeur de ce produit de l’artisanat traditionnel, insista
auprès des Autorités scolaires, la permission d’introduire à
l’école l’enseignement de cette ancienne technique pour lui
garantir un avenir.
La prestigieuse « Revue Moderne Illustrée des Arts et e la
Vie » publia le 15 Octobre 1930 un article consacré aux
dentelles de Cogne, en valorisant en même temps les mérites
de l’institutrice.
Anaïs Ronc-Désaymonet est comptée au nombre des fondateurs
du Comité des Traditions Valdôtaines : ses intérêts et son
amour pour la culture valdôtaine l’amenèrent à adhérer à
cette nouvelle association culturelle ayant pour but
" de maintenir les traditions en usage et de faire revivre
celles qui ont tombées dans l’oubli ". Elle occupa en
son sein le poste de Présidente de la Commission du patois.
En 1949, suite à la constitution de la chorale «
Traditions Valdôtaines » qu’elle a fortement prônée,
elle lança l’idée de recréer, pour ses membres, le costume
du bourgeois et de la bourgeoise de la Cité d’Aoste qui
survit, sauf quelques petites modifications, encore de nos
jours.
Rappelons aussi sa contribution, avec cinq autres poètes,
lors de la première rencontre, le 2 Juillet 1955, des poètes
patoisants. Ils remportèrent un vif succès en présentant au
public leurs poésies en patois.
Soulignons, aussi, quelle reçu en 1954, le Prix de fidélité
à la montagne.
Elle remplit la charge de Conseillère Régionale, où elle
s’est battue surtout en faveur de l’école valdôtaine, de
l’amélioration des conditions de vie des enfants, des
femmes, des paysans, des ouvriers, de l’application des
articles du Statut Spécial concernant l’enseignement de la
langue française dans l’école valdôtaine, de la promotion
des sports traditionnels, de la revalorisation du patrimoine
artistique.
Le 25 Septembre 1955, elle décédait à Aoste d’une embolie
cérébrale. Le Président du Conseil et ses collègues
conseillers exprimèrent leur douleur et leur regret par des
mots touchants qui rendaient hommage à cette « Tanta
Neïsse » qui au delà de ces contradictions, avait
aimé la Vallée d’Aoste et que les Valdôtains « Se
Nevoud » comme ils aimaient se prénommer, avaient
appris à connaître et à apprécier.
Suit une poésie en patois de Tanta Neïsse que
notre ami Jean-Claude a traduit en français :
L’Emigra
Dzé sé parti
De mon pai,
Atot ‘na valisa in man
Et ‘na bocona de pan
In secotse.
Dz é saluà le paren,
Lo cllotsé, le-s-ami
Et le-s-abro flouri
Que leissavon tsère, dessu me pei,
De fleur blantse comme la nei.
Dz’é prei lo trein in Veulle
Et à Gêne lo bâtô
Dz’é traversà la Gran Goille
A vitesse magique
Et dze me sé trova in Amerique
Dz’é vu de palatse, que lo ciel i totson
De-ommo blan, et de ner et de rodzo,
De trein, de-s-auto et de tram.
De totte sorte de trin-trin
Dz’é travaillà
S’é venu reutso.
Mé, su di cœur, toudzor,
Quan veun la fin di dzor
Sento poyé un bocon !
Un bocon !
L’est lo mà de meison
L’Emigré
Je suis parti
De mon pays
Avec une valise à la main
Et un petit bout de pain
Dans la poche.
J’ai salué les parents,
Le clocher, les amis
Et les arbres fleuris
Qui laissaient choir, sur mes cheveux,
Des fleurs blanches comme la neige.
J’ai pris le train à Aoste
Et à Gênes le bateau,
J’ai traversé la Grande Mer
A une vitesse magique
Et je me suis retrouvé en Amérique
J’ai vu des immeubles que le ciel touchait
Des hommes blancs, des noirs et des rouges
Des trains, des autos et des « tram ».
De toutes sortes de train-train
J’ai travaillé.
Je me suis enrichi.
Mais, sur le cœur, toujours,
Quand vient la fin du jour,
Je sens monter une boule !
Une boule !
C’est le mal du pays
Jacqueline
VIERIN-DAVID
Documentations :
La
Vie de « Tanta Neïsse »
Noutro dzen Patoué
La vie d'Anaïs Ronc-Désaymonet d'après le livre
d'Iris Morandi intitulé "Fleur de géranium"