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n°66

Nos poètes valdôtains
Anaïs RONC-DESAYMONET
"Tanta Neïsse" (1890-1955)

Anaîs Désaymonet naquit à Arpuilles, sur la colline d’Aoste, le 28 Décembre 1890. Issue d’une famille campagnarde, elle eût tout de même la possibilité de continuer ses études : chance très rare à l’époque, surtout s’agissant d’une fille.

De là, peut-être sa prise de conscience de la nécessité d’encourager l’accès à l’instruction des jeunes filles et sa revendication de cette valeur di femelle qu’elle soutiendra avec conviction dans plusieurs de ses écrits et qui lui fait dire : Tanta Neïsse l’est tséca revoluchonére, voudrie persuadé le fenne à se relevé de leur condichon d’infériorité.

Après avoir obtenu son diplôme d’institutrice à l’école Normale « Marie-Adélaîde », elle commença sa longue carrière d’enseignante : d’abord à Gignod, successivement à Chesallet, Nus, Châtillon, Cogne, Villeneuve, St Christophe et Aoste.

En 1915, elle épousa Charles Ronc, originaire d’Étroubles.

Anaîs Ronc-Désaymonet a laissé des traces durables à Cogne où elle a enseigné pendant de longues années, se liant d’amitié avec de nombreuses Cognèntse, tout particulièrement avec Reine Bibois, femme aux multiples intérêts et poète elle-même. Elles partageaient la même sensibilité et la volonté de préserver le patrimoine ancestral de leur terre. A ce propos il faut rappeler l’engagement que les deux femmes déployèrent pour la revalorisation des dentelles de Cogne.

Anaïs Ronc-Désaymonet, en ayant compris l’importance et la valeur de ce produit de l’artisanat traditionnel, insista auprès des Autorités scolaires, la permission d’introduire à l’école l’enseignement de cette ancienne technique pour lui garantir un avenir.

La prestigieuse «  Revue Moderne Illustrée des Arts et e la Vie »  publia le 15 Octobre 1930 un article consacré aux dentelles de Cogne, en valorisant en même temps les mérites de l’institutrice.

Anaïs Ronc-Désaymonet est comptée au nombre des fondateurs du Comité des Traditions Valdôtaines : ses intérêts et son amour pour la culture valdôtaine l’amenèrent à adhérer à cette nouvelle association culturelle ayant pour but  " de maintenir les traditions en usage et de faire revivre celles qui ont tombées dans l’oubli ". Elle occupa en son sein le poste de Présidente de la Commission du patois.

En 1949, suite à la constitution de la chorale  «  Traditions Valdôtaines » qu’elle a fortement prônée, elle lança l’idée de recréer, pour ses membres, le costume du bourgeois et de la bourgeoise de la Cité d’Aoste qui survit, sauf quelques petites modifications, encore de nos jours.

Rappelons aussi sa contribution, avec cinq autres poètes, lors de la première rencontre, le 2 Juillet 1955, des poètes patoisants. Ils remportèrent un vif succès en présentant au public leurs poésies en patois.

Soulignons, aussi, quelle reçu en 1954, le Prix de fidélité à la montagne.

Elle remplit la charge de Conseillère Régionale, où elle s’est battue surtout en faveur de l’école valdôtaine, de l’amélioration des conditions de vie des enfants, des femmes, des paysans, des ouvriers, de l’application des articles du Statut Spécial concernant l’enseignement de la langue française dans l’école valdôtaine, de la promotion des sports traditionnels, de la revalorisation du patrimoine artistique.

Le 25 Septembre 1955, elle décédait à Aoste d’une embolie cérébrale. Le Président du Conseil et ses collègues conseillers exprimèrent leur douleur et leur regret par des mots touchants qui rendaient hommage à cette « Tanta Neïsse » qui au delà de ces contradictions, avait aimé la Vallée d’Aoste et que les Valdôtains «  Se Nevoud » comme ils aimaient se prénommer, avaient appris à connaître et à apprécier.

Suit une poésie en patois de Tanta Neïsse que notre ami Jean-Claude a traduit en français :

 L’Emigra

Dzé sé parti
De mon pai,
Atot ‘na valisa in man
Et ‘na bocona de pan
In secotse.
Dz é saluà le paren,
Lo cllotsé, le-s-ami
Et le-s-abro flouri
Que leissavon tsère, dessu me pei,
De fleur blantse comme la nei.
Dz’é prei lo trein in Veulle
Et à Gêne lo bâtô
Dz’é traversà la Gran Goille
A vitesse magique
Et dze me sé trova in Amerique
Dz’é vu de palatse, que lo ciel i totson
De-ommo blan, et de ner et de rodzo,
De trein, de-s-auto et de tram.
De totte sorte de trin-trin
Dz’é travaillà
S’é venu reutso.
Mé, su di cœur, toudzor,
Quan veun la fin di dzor
Sento poyé un bocon !
Un bocon !
L’est lo mà de meison

 

L’Emigré

Je suis parti
De mon pays
Avec une valise à la main
Et un petit bout de pain
Dans la poche.
J’ai salué les parents,
Le clocher, les amis
Et les arbres fleuris
Qui laissaient choir, sur mes cheveux,
Des fleurs blanches comme la neige.
J’ai pris le train à Aoste
Et à Gênes le bateau,
J’ai traversé la Grande Mer
A une vitesse magique
Et je me suis retrouvé en Amérique
J’ai vu des immeubles que le ciel touchait
Des hommes blancs, des noirs et des rouges
Des trains, des autos et des « tram ».
De toutes sortes de train-train
J’ai travaillé.
Je me suis enrichi.
Mais, sur le cœur, toujours,
Quand vient la fin du jour,
Je sens monter une boule !
Une boule !
C’est le mal du pays
 

Jacqueline VIERIN-DAVID

Documentations :
La Vie de « Tanta Neïsse »
Noutro dzen Patoué
La vie d'Anaïs Ronc-Désaymonet d'après le livre
d'Iris Morandi intitulé "Fleur de géranium"

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