« J’ai le grand
plaisir aujourd’hui d’honorer en vous une militante du
théâtre et de la langue française. Mais le théâtre n’est-il
pas l’art qui le mieux, porte et transmet la richesse, la
beauté et le dynamisme de cette langue magnifiée par ces
poètes que sont Molière, Hugo, Dumas, Maupassant, Prévert…
Vous les avez inscrits à votre répertoire et n’avez jamais
hésité de les faire entendre aux enfants, aux adolescents
valdôtains, votre public privilégié pendant près de trente
ans »…
« Car….. Vous avez choisi de vous éloigner de la France où
une carrière vous attendait, pour rejoindre cette région qui
est la vôtre et que vous chérissez parce qu’elle est la
terre de vos ancêtres, mais aussi celle d’hommes et de
femmes qui ont toujours lutté pour son autonomie, son
appartenance à l’aire francophone…..
« Issue de l’émigration valdôtaine, vous êtes née, chère
Claudine Chenuil … aux portes de Paris…. »
Extrait du
discours de Monsieur le Délégué du Ministère de la Culture

Il y a quelques
jours, j’ai eu le bonheur et l’honneur de vous faire part
d’une conversation avec Madame Claudine CHENUIL qui venait
d’être honorée de l’insigne de Chevalier des Arts et Lettres,
en Vallée d’Aoste.

"....elle
remercie Michèle Chenuil (sa soeur, sur la photo) qui
travaillait sur le programme de la Saison Culturelle
Francophone."
Que l’on me
pardonne de sauter à pieds joints sur la scène du théâtre,
en compagnie de Claudine, car l’enthousiasme qui l’anime est
tellement fort que je ne peux brider des idées que je
partage si volontiers. Car dans sa phraséologie, il y a une
telle éloquence, un tel amour de son métier, qu’en voici
donc l’essentiel :
« Oui,
vraiment, je fais partie des gens pour qui l’art est vital…
Mon Dieu, comme je remercie tous ces artistes qui m’aident à
vivre… J’avais deux attirances dans deux domaines où je
pouvais m’orienter : la musique et le théâtre. Pourquoi ai-je
choisi le théâtre ? Je me le suis souvent demandé… Et bien,
voilà, c’est l’endroit où je suis la plus forte… où j’ai le
plus de contrôle - ça ne veut pas dire que je m’auto
complimente. Non, mais, par exemple être musicien est très
difficile. J’admire vraiment les instrumentistes. Je garde
un épouvantable souvenir des concours de piano. Quand, dans
une pièce, je dois jouer un petit morceau de piano,
accordéon, xylophone ou métallophone, je suis beaucoup plus
terrorisée par ça, que par un monologue, même si j’ai
toujours le trac.
Pour moi, le théâtre a été une évidence, je l’aime autant
comme spectatrice que comme comédienne. J’ai vite compris
que le théâtre était une affaire sérieuse. C’est
l’intelligence, la réflexion, cela traite de tous les sujets,
de l’amour à la politique, tous les drames, la lutte, la
compassion, toutes les émotions, le mystère de la nature
humaine, et, en fait, pour moi, cela représente l’humanité.
C’est mon affection pour les gens qui me fait tant aimer le
théâtre. C’est le partage. Sans public : pas de théâtre.
C’est un moment unique. J’aime ce cérémonial de la
représentation. Un spectacle, ça se défait, ça se range dans
des malles, dans des petites boîtes, dans des valises et ça
se remonte, ça se reconstruit, toujours le même et jamais
vraiment pareil. Je trouve cela magique. Si vous saviez tout
ce que j’ai pu apprendre et comprendre avec le théâtre ! »…
Mais, surtout, elle poursuit :
- « La Vallée
d’Aoste : elle a toujours été présente dans ma vie. C’était
notre paradis en été… C’est là que j’ai organisé mes
premières représentations, dans la vieille cuisine de mon
grand-père.
Ces animations maternelles ont été notre cheval de bataille,
nous ont un peu installés ici ! Nous étions fiers de ces
tout petits enfants, qui s’exprimaient en deux ou trois
langues pour les patoisants… »
Elle a beaucoup à dire Claudine, sur la joie qu’elle a eu
de choisir le théâtre. Un parcours magnifique. Je remarque
qu’elle remercie Michèle Chenuil qui travaillait sur le
programme de la Saison Culturelle Francophone. Ce fut
l’occasion de côtoyer beaucoup d’artistes et d’apprendre
toutes les subtilités théâtrales. Mais la plus belle œuvre
qu’elle ait réalisé, en compagnie de Jean-Pierre Jouglet,
est bien celle « d’avoir permis à des milliers
d’enfants, des plus petits aux plus grands, d’approcher
l’art théâtral, votre passion et le moteur de vos
engagements » tel que le dit Monsieur le Délégué du
Ministère de la Culture de la République Française, qui a
bien étudié l’itinéraire de Claudine. Et ce dernier souligne
« le souhait de marquer de manière significative l’estime
et la considération que lui inspire votre parcours tant
artistique qu’humain et votre contribution en faveur de la
défense des arts, des lettres et de la langue française en
Vallée d’Aoste ».
Enfin, très
solennellement, elle reçoit les insignes de Chevalier de
l’Ordre des Arts et Lettres de la part de la République
Française. Moment chargé d’une énorme émotion pour tous et
de joie véritable.
Je prie les personnes si importantes dans la vie de
Claudine, de m’excuser de ne pas toutes les citer. Car,
n’étant point présente au moment de ce grand jour, si je
cite une personne, il faut que j’en cite dix et je ne me
pardonnerais pas d’en oublier ! Je vous remercie de votre
compréhension et de votre gentillesse.
Michèle
MacHenin
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