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TRENTE ET UNIEME RENCONTRE VALDOTAINE à LA SALLE
Vallée d'Aoste
(Voir les photos)

  Dimanche 6 août 2006

Dès notre arrivée sur le lieu de la fête, nous nous sentîmes soudain beaucoup moins seuls dans notre tête !...

Bonjour, chers amis. Nous sommes en Vallée d'Aoste depuis hier soir.
Il n'y avait plus de neige au Col et nous entendions les clarines et quelques marmottes donner l'alarme. Au loin, là-haut, sur l'alpage.

Nous avons dormi dans un hameau nommé « Le Crêton » à 1800 mètres d'altitude, agréé « Agroturismo » et d'une chaleureuse qualité d'accueil, dans le Valgrisenche, aux environs de Rhèmes Saint-Georges, où se blottit également le village natal de notre maman, « Le Courthoud ». Nous étions, ainsi, à deux vols d'aigle de ce petit village où se loge encore une figure mythique nommée Arthur, notoriété de la montagne et sans nul doute instigateur de la « conservation » du village.

C'est dimanche. Tu as mis ta blouse blanche ornée de broderies et ta coiffe de dentelle, ta jupe longue de drap bien chaud et ton tablier pourpre, mais ton aumônière contient quelques Euros. Et toi, « l 'uomo » tu as mis ton beau chapeau, que courtoisement, pendant la danse, tu sais ôter de ta tête pour saluer une femme. Cela existe encore, ce geste ?..

Nous sommes a la grande fête de la trente et unième Rencontre Valdôtaine. Dans l'immense parc vallonné et aménagé de la Mairie de La Salle, il y a déjà beaucoup de monde. Valdôtains ou sympathisants, venus de l'extérieur, aussi bien que de l'intérieur de la Vallée d'Aoste ou des montagnes environnantes, sont fidèles au rendez-vous.

Les savoyards, dont je fais partie maintenant, sont arrivés avant nous, en car Martin, avec leurs sympathiques chauffeurs et notre chère Présidente, Jacqueline Viérin-David.

Une messe, une Sainte Messe, une très Sainte Messe, vient d'être célébrée en l'Eglise Saint Cassien, chantée à quatre voix : soprano, contre haute, ténor et basse, grâce à l'Organiste de la paroisse, «.fouilleur acharné et compétent des archives de toutes sortes, qui a trouvé dans celles de la paroisse, deux transcriptions manuscrites sur parchemin de deux messes attribuées à Karl Franz Greitch (compositeur suisse).

Ce sont les chorales de Derby et de La Salle qui ont interprété le Gloria et l'Agnus Deï qui avait d'ailleurs été chantés en cette même Eglise le 6 août 1884. Coïncidence ou pas coïncidence, la numérologie pourrait nous dire : le 6 août 1884 totaliserait le nombre 8 qui nous dirait que c'est pour l'éternité (nous le constatons puisque nous sommes au XXI ème siècle); et le 6 août 2006 qui totalise le nombre 4 nous dit que c'est la base de la pyramide et qu'il y a encore beaucoup de choses et de rencontres de ce type, à réaliser, jusqu'à dépasser le nombre 8.

Soulignons que l'orgue de La Salle de Vegezzi Bozzi est l'un des orgues les plus importants que possède la Vallée d'Aoste

La Mairie, magnifique demeure restaurée dans les règles de l'art de la pierre, est une ferme. L'on a omis de me préciser s'il s'agit d'une Ferme comme chez nous s'en octroyaient les Fermiers Généraux (collecteurs d'impôts en nature et notamment, du sel), tant visés par les « mandrinois » du côté dauphinois ou s'il s'agit d'une « ferme rurale » (ne pas hésiter à me préciser) ? On la nomme « Maison Gerbollier ». Ici, j'ai pu voyager en pays de Courmayeur, sous le « regard imposant » du Mont Blanc, à l'époque où il n'y avait que les braves chiens Saint Bernard pour chercher les victimes d'avalanches (il n'y avait pas d'hélicoptères, ni de moyens électroniques de détection des corps), et du Col du Petit Saint Bernard lorsque l'Hospice remplissait encore son rôle humaniste. Je me suis échappée un instant à travers une exposition de cartes postales anciennes, dans une très belle salle réservée pour les expositions. J'y étais seule au milieu de plein de monde invisible :

 ... Pardonnez-moi, je ne vous avais pas reconnus, dans vos premières voitures et vos belles redingotes de fourrure !

Mais, revenons au plan actuel : de petits groupes se forment déjà et des conversations tentent de s'établir, malgré une sono (toujours trop forte) à l'extérieur et au soleil qui a daigné revenir en ce merveilleux dimanche. Et puis, sous le beau chapiteau blanc, sur fond d'azur. flanqué de verdure et de fleurs, nos valdotains venus parfois de loin (Paris, Suisse. France, etc... ), attentionnés à la présentation vidéo de la Vallée d'Aoste, en tant qu'entité indépendante, vigoureuse et riche d'idées de développement, se serrent les coudes, comme des enfants sur les bancs d'une grande école de retrouvailles !


Un grand merci à Monsieur Jean-Pierre Réal, concepteur de notre site internet qui permettra de nous raconter une peu et à Madame Claudine, personnage clef de l'organisation de la Rencontre.

Et je ne manquerai sûrement pas de dire à quel point je suis amoureuse de la Vallée d'Aoste, qui est une belle démonstration du travail et du courage, ainsi que d'un goût marqué pour la beauté et la nature *. Je ne me tromperais pas si je disais que nous pourrions prendre un peu de « graines » au passage ! Il est vrai que l'Euro a bien diminué notre pouvoir d'achat et a quelque peu paupérisé la France !

 ... Si loin que nous attardions notre regard, ce ne sont que paysages enchanteurs, fascinants et villages de cartes postales à l'actualité colorée. Au fait ! Avez-vous reçu les miennes ?...

Puis, c'est en regardant la foule, en croisant un regard, en cherchant une connaissance que je commence à comprendre que, pour la circonstance, je deviens valdôtaine même si je n'en suis point née. Toute ma sensibilité aurait bien voulu s'exprimer, mais les mots me manquent toujours lorsque je suis émue. Alors, très impoliment, je me retourne pour cacher l'eau qui tente de s'échapper de mes yeux ! Dans mon pays natal personnel, point d'impétueux torrents, point de falaises, point de Grand Paradis, point de Mont Blanc ou Rose, peu de pierre, beaucoup de ciel, d'étoiles et d'immenses forêts de chênes. Quelque part, peut-être, un druide qui hante nos forêts profondes.

Ici et maintenant, dans cette belle et grande fête, il y a le bruit, les gens qui passent et repassent, ceux qui se cherchent et se trouvent, puis ne se retrouvent plus et se retrouvent quand même juste avant de partir, avec leurs émotions et leurs raisons de vivre personnelles. Alors on est là, comme devant un carrousel, manège où les chevaux de bois montent et descendent, et ça vous fait un peu tourner la tête. C'est un instant d'enchantement lorsqu'une grande et fine jeune fille vous lit les textes de présentation des danses traditionnelles du Groupe Folklorique de La Salle, avec un accent vraiment valdôtain. Chuutt... taisez-vous donc, là derrière, on entend rien du tout ! Bien, merci ! ...

C'est en tournant la tête, justement, que je vous ai découverts : vous les organisateurs, l'organisatrice, ma Présidente, les Membres du Bureau, les adhérents, les autres, mes cousins par alliance, mes frères sûrement. Je vous ai vus avec d'autres yeux. Dans des circonstances pareilles, si belles, si enveloppantes, pas de querelles et tous les clochers de la moindre chapelle semblent être au même diapason, comme en un concert inaudible que, seuls, les Dieux des montagnes entendent et savent reconnaître. Ces Dieux des montagnes qui se trouvent peut-être parmi nous, même si ce n'est pas inscrit sur vos fronts, je le vois dans vos yeux, souvent bleus. Des yeux qui sont, parfois, comme un ciel immense, dont ils sondent en vain les secrets incarnés !..

Quelle que soit notre pensée philosophique ou notre confession religieuse ou rien (qui sont. parfois bien malgré nous, les bases de notre compréhension de la vie, de ses joies, de ses tourments, ses lignes droites ou ses virages en épingle à chignon), il est bon de ressentir une bonne fraternité, avec une sincérité qui vous traverse l'esprit et que nous appelons à corps et à cris, quand on voit, sans pouvoir rien faire (à part abolir tout égoïsme ou fanatisme), tout ce qui se passe dans le monde... Tout évènement ne nous permet-il pas de nous regarder nous-même et ne nous pousse-t-il pas à transformer nos âmes (tel l'alchimiste du Chemin de Compostelle), au gré de similitudes et d'anecdotes de la vie... plus concrètes que jamais !

On peut avoir le coeur qui pleure et le coin de la bouche qui sourit, notre état intérieur ne saurait échapper à la sensibilité de vos grands yeux bleus. Le pire, c'est bien lorsque la Fête est finie et que chacun s'en retourne au pays de son labeur, de ses rêves... ou de sa solitude !


Mais ? Avant de partir, avez-vous reçu, comme moi-même, ce rayon de soleil qui était dans le regard d'un enfant descendant direttissimo, et qui apprendra (bien plus tard) ce que ses ancêtres ont vécu, supporté, souffert, avant de fonder cette grande famille que sont les émigrés valdôtains ?

Avez-vous vu ce papillon blanc qui voletait, au gré d'une danse de votre si joli folklore, au-dessus de la coiffe de dentelle des jeunes filles et des enfants ?... Riez, chantez, dansez puisque vous le pouvez. C'est de la joie pour nous autres, qui sommes venus d'ailleurs pour nous fondre à vos farandoles, rêvant pour un autre que nous le pouvons tous !... Jusqu'à quand aurons-nous la force de gravir pas à pas jusqu'à vos sommets où poussent les edelweiss et souffle l'Esprit de cet envoûtant pays de montagne, que chacun doit respecter et vénérer comme faisant partie de soi !

Vous qui, pour une raison ou une autre, n'avez pu venir, je voudrais vous faire partager ces instants de bonheur que de se trouver dans le beau pays de vos origines, quand la vie, indépendamment de votre seule volonté, vous a poussés et poussé vos aïeux â fuir, pour la plupart. J'ai vu, un court instant, la montagne pleurer sur votre absence ou votre détachement I... Je me suis laissée aller à pleurer avec elle... tant je l'aime et la comprends !

Michèle MacHenin-Murzilli

 
(*) Correspondante pour l’ ASSOCIATION VALDÔTAINE DE  SAVOIE
Mairie de Séez – 73700 SEEZ (F)